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« Elle fonctionne encore, il suffit de recharger les batteries » : il chine des voitures d’exception et tombe sur une Teilhol électrique de 1972

« Elle fonctionne encore, il suffit de recharger les batteries » : il chine des voitures d’exception et tombe sur une Teilhol électrique de 1972

Dans un musée du Lot, une petite citadine bleue attend silencieusement au fond d’un bâtiment. Son compteur affiche à peine plus de 1 327 kilomètres, et son histoire rappelle que la mobilité électrique ne date décidément pas d’hier.

Son propriétaire actuel l’assure avec enthousiasme : cette rareté peut encore reprendre la route. Une condition suffit, aussi simple qu’étonnante pour un véhicule né il y a plus d’un demi-siècle.

À Salviac, un musée qui raconte les inventions oubliées

Le Musée du patrimoine agricole et automobile de Salviac, dans le Lot, célèbre cette année ses 20 ans. Pour Benoît Jouclar, mécanicien-réparateur et collectionneur, cet anniversaire aurait dû être une fête très fréquentée.

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L’été caniculaire a toutefois pesé sur les visites. La baisse de fréquentation n’enlève rien à la richesse du lieu, installé sur 8 000 m² et consacré au patrimoine agricole, rural et automobile.

Le musée rassemble des machines qui racontent une autre manière de vivre, de travailler et de voyager. Les visiteurs y croisent 350 tracteurs, 150 automobiles et utilitaires, 200 deux-roues, parmi lesquels des motos et des bicyclettes, ainsi qu’un millier de pièces et d’objets présentés dans leur environnement d’époque.

Au milieu de cette collection, Benoît Jouclar a une préférence assumée pour Citroën, la marque aux chevrons. Mais l’un des véhicules les plus singuliers du musée ne porte pas ce logo : c’est une minuscule voiture électrique, construite à une période où l’essence dominait très largement le marché.

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Son existence prend une résonance particulière aujourd’hui. Entre le prix instable des carburants, la hausse des coûts à la pompe et les tensions au Proche-Orient, les préoccupations actuelles ressemblent parfois à celles des années 1970. Reste à découvrir ce que cachait vraiment cette curieuse citadine.

La Teilhol électrique de 1972, une voiture rarissime à huit batteries

La voiture en question est une Teilhol série C, également citée sous l’orthographe « Teihol » dans les archives du musée. Il s’agit d’une petite citadine bleue à deux places, animée par un moteur électrique de 5,4 chevaux.

Elle embarque huit batteries de 100 ampères. Sa vitesse de croisière atteignait 50 km/h, une valeur modeste selon les standards modernes, mais suffisante pour envisager des déplacements locaux et urbains.

La série a été fabriquée seulement de 1972 à 1974, à 15 exemplaires. Cette production confidentielle fait de celle exposée à Salviac une pièce de collection particulièrement rare. Elle possède une autre particularité : elle pouvait rouler aussi vite en marche arrière qu’en marche avant.

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Benoît Jouclar l’a récupérée presque aux débuts du musée. Elle se trouvait dans le Lot-et-Garonne, chez un propriétaire qui l’avait lui-même ramenée de la région parisienne. Au moment de déménager, celui-ci souhaitait que l’auto soit montrée au public plutôt que de disparaître dans un garage.

Il l’a donc offerte au musée. La voiture affiche précisément 1 327 kilomètres et 200 mètres au compteur. Son système de recharge est toujours visible : une prise permettait de la brancher directement sur le secteur.

Le détail le plus surprenant est son état de fonctionnement. « Elle fonctionne encore », explique Benoît Jouclar. Il précise simplement qu’il faut recharger les batteries. Il possède même la notice d’origine, un document précieux pour comprendre son utilisation. Mais cette voiture n’était pas la première électrique à vouloir défier les modèles à pistons.

L’électrique avait déjà battu des records bien avant les années 1970

La Teilhol n’a jamais eu la notoriété de La Jamais Contente, mais elle s’inscrit dans une histoire ancienne. Le 29 avril 1899, ce véhicule électrique est devenu le premier à franchir la barre des 100 km/h.

Ce record rappelle qu’à la fin du XIXe siècle, la propulsion électrique faisait déjà partie des solutions sérieusement envisagées. Pourtant, les automobiles électriques ont longtemps échoué à concurrencer durablement les véhicules thermiques.

Deux obstacles dominaient : elles étaient plus lourdes et plus coûteuses. Les voitures à moteur à combustion, alimentées à l’essence, ont donc progressivement imposé leur facilité d’usage et leur autonomie.

La Teilhol arrive dans un contexte pourtant favorable à la recherche d’alternatives. Les chocs pétroliers et les hausses du prix des carburants ont remis la dépendance au pétrole au centre des discussions. Mais paradoxalement, le premier choc pétrolier a aussi précipité l’arrêt de sa production, entre 1973 et 1974.

Pour Benoît Jouclar, ce parcours laisse songeur. L’électrique aurait pu connaître un développement beaucoup plus précoce si les conditions industrielles et économiques avaient été réunies. La petite série C illustre ainsi une piste technique abandonnée, puis redevenue centrale cinquante ans plus tard.

Pour apprécier cette automobile sans la réduire à ses chiffres, il faut aussi savoir comment elle était pensée et utilisée au quotidien.

Comment cette petite électrique se rechargeait et se conduisait

La Teilhol série C était conçue comme une citadine. Avec deux places et une vitesse de croisière de 50 km/h, elle répondait avant tout aux besoins de proximité, pas aux grands trajets routiers.

Son principe d’usage était direct : le moteur électrique utilisait l’énergie stockée dans ses huit batteries. Lorsque leur charge diminuait, le conducteur devait connecter la voiture au réseau électrique grâce à la prise prévue à cet effet.

  • Vérifier les batteries : la voiture dépend de huit batteries de 100 ampères, qui doivent être rechargées avant toute utilisation.
  • Brancher la prise au secteur : le système de recharge d’origine est présent sur l’exemplaire conservé à Salviac.
  • Prévoir un trajet adapté : la vitesse de croisière de 50 km/h correspond à un usage urbain ou local.
  • Tenir compte des manœuvres : la série C pouvait atteindre la même vitesse en marche arrière qu’en marche avant.
  • Préserver la documentation : la notice d’origine conservée par Benoît Jouclar constitue une référence essentielle pour ce véhicule rare.
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Ce fonctionnement paraît familier aux automobilistes actuels, mais il était nettement moins courant en 1972. La recharge sur secteur, les batteries embarquées et le choix d’une voiture compacte annonçaient déjà certains usages associés aux véhicules électriques contemporains.

La comparaison a néanmoins ses limites. Cette auto a été produite à seulement 15 unités et son format visait une mobilité très ciblée. Elle témoigne moins d’une industrialisation réussie que d’une expérimentation concrète, devenue aujourd’hui patrimoniale.

À Salviac, elle dialogue avec des automobiles beaucoup plus puissantes et prestigieuses. La plus spectaculaire se trouve d’ailleurs tout près d’elle.

La Citroën SM Maserati, l’autre trésor sauvé par Benoît Jouclar

À côté de la petite Teilhol électrique, le musée présente une imposante Citroën SM Maserati blanche. Pour Benoît Jouclar, elle représente un véritable graal mécanique.

Cette voiture de prestige est sortie à la même époque que le Concorde et le paquebot France. Elle incarnait une ambition technologique et présidentielle, avec un premier pare-brise collé, des vitres électriques, la climatisation, un intérieur en cuir et des sièges en cartouchière.

Citroën SM MaseratiDonnée historique
Période de productionDe 1970 à 1975
Nombre d’exemplaires12 920
Prix neuf5 millions d’anciens francs
Destin du modèleFreiné lui aussi par le choc pétrolier

L’exemplaire de Salviac était loin de son éclat actuel lors de son acquisition. Son moteur était en panne, sa mécanique avait été bricolée et plusieurs pièces se trouvaient dans des cartons.

La voiture avait appartenu à la direction du lycée agricole de Montauban, avant de rejoindre Bégoux. Benoît Jouclar est allé la chercher sur place. L’accord prévoyait qu’il débarrasse aussi divers objets : un moteur de hors-bord, une moto et un motoculteur.

Avec Alain Fournier, ami et bénévole de longue date, il a restauré le moteur sans compter son temps. Le redémarrage a été un moment de grand frisson. Selon lui, cet exemplaire correspond au bon modèle, avec toutes les options, malgré les problèmes de conception connus sur la SM.

Ce que ces voitures anciennes rappellent sur les choix automobiles

Il serait trompeur de croire que la voiture électrique est une invention récente. La Jamais Contente, puis la Teilhol série C, prouvent que la technologie a connu plusieurs élans avant l’époque actuelle.

Il serait tout aussi réducteur d’imaginer que ces automobiles anciennes répondaient aux mêmes attentes que les modèles d’aujourd’hui. La Teilhol était lourde, chère et pensée pour des trajets courts. Sa production de 15 exemplaires montre l’ampleur limitée de son aventure industrielle.

La SM Maserati raconte un autre versant de cette période : celui de l’automobile de prestige, richement équipée et ambitieuse. Elle aussi a été frappée par les bouleversements pétroliers.

À Salviac, la Teilhol mérite donc mieux qu’un regard amusé sur une petite voiture bleue. Rechargée et préservée, elle fait entendre une idée simple : certaines solutions techniques attendent parfois des décennies avant de trouver leur époque.

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