À partir de 2035, l’Union européenne interdit les véhicules thermiques neufs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, une exemption discrète permet aux petits constructeurs de continuer à produire des voitures thermiques. Cela soulève la question de l’injustice sociale, car seules certaines marques pourront encore vendre ces véhicules de luxe, renforçant ainsi les inégalités économiques.
L’Union européenne multiplie les efforts pour atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, et le secteur des transports représente un défi majeur. En 2022, ce secteur a contribué à hauteur de 25 % aux émissions totales de gaz à effet de serre en Europe. Un chiffre inquiétant, surtout lorsque l’on constate que ces émissions continuent d’augmenter depuis 1990. La fin du thermique en 2035 semble être un pas nécessaire, mais cette solution n’est pas sans controverse.
2035 : la fin du thermique… mais pas pour tous
En réponse à cette situation, l’UE a décidé que les véhicules thermiques seraient progressivement bannis à partir de 2035. Cette interdiction, inscrite dans le règlement européen 2023/851, vise à permettre au parc automobile européen d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Un objectif ambitieux, mais une mesure qui ne s’appliquera pas à tous les constructeurs.
En effet, certains petits constructeurs, ceux produisant moins de 1.000 véhicules par an, seront exemptés de cette interdiction. Cela concerne des marques prestigieuses, souvent associées à une production artisanale et un public ultra-privilégié, comme Ariel, Bugatti ou Morgan. Ces marques pourront continuer à vendre des voitures thermiques sans aucune restriction.
Écologie à deux vitesses ?
Certes, l’impact environnemental des véhicules produits par ces marques reste marginal. En 2024, la France a enregistré plus de 1,7 million de nouvelles immatriculations, avec un parc automobile total de 39,3 millions de véhicules. Les modèles produits par les petits constructeurs n’ont donc qu’une influence négligeable sur l’ensemble des émissions du pays. Cependant, cette exception suscite une forte injustice sociale.
À une époque où les inégalités économiques se creusent, cette mesure semble répondre aux critiques d’une écologie vue comme pénalisante pour les classes populaires. L’idée d’une « écologie pour les riches » est ainsi nourrie par ces exemptions, alimentant un sentiment d’injustice parmi ceux qui n’ont pas accès à ces véhicules de luxe.
2026 : année de tous les ajustements ?
Une révision de cette politique est prévue pour 2026, avec la possibilité d’ajuster les mesures en fonction de leur réalisation pratique. Par le passé, un amendement avait permis à certains constructeurs produisant jusqu’à 22.000 véhicules utilitaires légers de demander des dérogations jusqu’en 2035. Si, d’ici 2026, cette exemption est étendue aux marques produisant moins de 10.000 véhicules par an, des noms comme Aston Martin, McLaren ou Rolls-Royce pourraient également en bénéficier.
Même si l’impact environnemental de cette dérogation est faible, le symbolisme est fort. Il rappelle une fois de plus le défi que représente l’équilibre entre les objectifs économiques, sociaux et environnementaux. La mise en place de zones à faibles émissions (ZFE) en France, qui touchent en priorité les ménages modestes, illustre bien cette dynamique de lutte contre la pollution… mais souvent au détriment des plus vulnérables.
Au-delà des efforts écologiques, il devient indispensable que ces mesures soient accompagnées d’un effort de justice sociale pour éviter d’aggraver les inégalités existantes. Cela rappelle à quel point la transition écologique ne peut être effective que si elle est inclusive et équitable pour tous.




