Voiture électrique en entreprise : pourquoi 93% des flottes résistent encore au passage à l’électrique

La voiture électrique semble incontournable sur le papier. Pourtant, dans les entreprises françaises, le basculement reste lent et très inégal. Derrière les annonces de verdissement, les gestionnaires de flotte doivent résoudre des problèmes beaucoup plus concrets que l’image de marque.
Pour les salariés qui roulent chaque jour, un véhicule doit avant tout rester disponible, prévisible et simple à utiliser. C’est précisément là que la transition se complique.
Une électrification encore très minoritaire dans les flottes françaises
Les flottes d’entreprise constituent un levier décisif pour la mobilité électrique. Elles renouvellent leurs véhicules plus régulièrement que les particuliers. Elles alimentent aussi le marché de l’occasion, indispensable pour rendre les modèles électriques accessibles à un public plus large.
Mais les chiffres montrent que la conversion est loin d’être achevée. Selon la deuxième édition du baromètre « Tendances et défis de la mobilité en entreprise », menée par OpinionWay pour Leasys, les véhicules 100 % électriques ne représentent que 7 % des parcs professionnels en France.
| Motorisation | Part des flottes d’entreprise |
|---|---|
| Thermique | 81 % |
| Hybride | 12 % |
| 100 % électrique | 7 % |
Autrement dit, 93 % des véhicules de société ne sont pas entièrement électriques. Cette proportion reste néanmoins supérieure à celle observée dans l’ensemble du parc automobile français, où l’électrique pèse environ 3,5 %.
La différence s’explique par des renouvellements plus fréquents et par des politiques de mobilité déjà engagées chez certains groupes. Elle ne suffit pas encore à déclencher une bascule massive. Les entreprises restent confrontées à une question simple : comment électrifier sans désorganiser l’activité quotidienne ?

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Lire l'articleCette hésitation ne traduit donc pas seulement un manque d’intérêt pour l’électrique. Elle révèle surtout une difficulté à concilier impératifs opérationnels, contraintes financières et calendrier réglementaire.
Le véritable frein : garder une voiture disponible pour travailler
Le premier obstacle n’est pas idéologique. Il concerne l’autonomie des batteries. Dans l’étude OpinionWay pour Leasys, 71 % des répondants citent cette crainte comme le principal frein à l’électrification de leur flotte.
Pour un gestionnaire, l’autonomie ne se résume pas à la valeur affichée sur une fiche technique. Elle doit couvrir des déplacements imprévus, des tournées commerciales, des rendez-vous éloignés ou des trajets interurbains. Elle doit aussi rester suffisante en hiver, avec le chauffage, la charge utile ou des parcours autoroutiers.
La recharge arrive juste derrière. 38 % des décideurs évoquent le manque ou l’insuffisance des infrastructures de recharge. Installer des bornes sur un site professionnel demande une analyse du réseau électrique, des places de stationnement adaptées et une gestion des usages.
Le véhicule individuel demeure, en effet, un outil de travail jugé totalement indispensable par 84 % des entreprises. Il participe aussi à leur politique de ressources humaines. Une voiture de fonction ou de service ne peut pas devenir une source de perte de temps pour les équipes.
Le coût initial pèse également lourd. 37 % des répondants considèrent l’investissement de départ comme un frein majeur. L’achat ou la location longue durée ne suffit pas à résumer la dépense : il faut aussi intégrer les bornes, leur maintenance et l’organisation de la recharge à domicile ou au travail.
Ce sont ces contraintes cumulées qui expliquent pourquoi un modèle électrique pertinent pour un salarié peut ne pas l’être immédiatement pour toute une flotte.
Pourquoi autonomie, recharge et investissement bloquent la décision
La voiture électrique fonctionne particulièrement bien lorsque les trajets sont prévisibles et que la recharge est maîtrisée. Pour une entreprise, cette condition n’est pas toujours réunie. Les besoins diffèrent selon les métiers, les zones géographiques et le type de véhicule.
Une flotte de véhicules particuliers n’a pas les mêmes usages qu’un parc de véhicules utilitaires. Les commerciaux, techniciens, livreurs et équipes itinérantes n’effectuent pas les mêmes distances. Ils ne disposent pas non plus des mêmes possibilités de recharge pendant leurs journées.
Le baromètre a d’ailleurs réparti son échantillon à parts égales entre les flottes de voitures particulières et les flottes de véhicules utilitaires. Cette distinction compte, car les contraintes d’autonomie, de charge utile et de disponibilité sont souvent plus fortes pour les utilitaires.
Le calendrier réglementaire ajoute une pression supplémentaire. La quasi-fin des ventes de véhicules thermiques à l’horizon 2035 est désormais intégrée par 70 % des entreprises interrogées. Pourtant, 28 % des décideurs jugent ce calendrier inadapté aux contraintes quotidiennes de leurs équipes.
Cette réserve ne signifie pas qu’ils ignorent l’échéance. Elle montre plutôt que la planification ne peut pas être identique partout. Une entreprise peut vouloir réduire ses émissions tout en conservant certains véhicules thermiques ou hybrides pour les missions les plus difficiles à électrifier.
La question devient alors financière : faut-il remplacer vite, ou conserver plus longtemps les véhicules actuels ? C’est là que le coût total de détention, souvent appelé TCO, entre réellement en jeu.
Comment préparer une flotte électrique sans désorganiser l’activité
Une transition solide commence par une lecture précise des usages, plutôt que par le remplacement uniforme de tous les véhicules. L’objectif est d’identifier les véhicules qui peuvent passer à l’électrique sans risque pour la continuité de service.
- Cartographiez les trajets. Relevez les distances quotidiennes, les kilomètres annuels, les pauses disponibles et les trajets longs. Distinguez les usages réguliers des déplacements exceptionnels.
- Segmentez la flotte. Séparez les véhicules particuliers, les véhicules utilitaires, les véhicules de service et les véhicules attribués. Chaque catégorie peut suivre un rythme d’électrification différent.
- Évaluez la recharge. Vérifiez les possibilités de bornes sur les sites de l’entreprise, au domicile des collaborateurs et sur les itinéraires habituels. Une borne inutilisable ou mal placée ne résout rien.
- Calculez le TCO. Comparez le coût total de détention sur toute la durée de possession. Intégrez le financement, l’énergie, l’entretien, la fiscalité, l’assurance et le coût des infrastructures.
- Commencez par les usages compatibles. Les véhicules aux parcours réguliers et aux retours fréquents sur site constituent souvent les premiers candidats à l’électrification.
- Formez les conducteurs. Expliquez la planification des recharges, la récupération d’énergie au freinage et les règles de conduite qui préservent l’autonomie.
Cette méthode évite de transformer une obligation réglementaire en contrainte subie. Elle permet aussi de conserver temporairement des motorisations hybrides ou thermiques pour les usages qui ne disposent pas encore d’alternative pratique.
Reste que toutes les entreprises ne disposent pas des mêmes moyens. La taille du parc détermine largement la capacité à planifier et financer cette évolution.
Grandes flottes et PME : une transition à deux vitesses
Le renforcement des malus CO2 et poids, entré en vigueur au début de l’année, pousse les entreprises à réévaluer leurs choix. Mais l’effet n’est pas uniforme selon la taille de la flotte.
Parmi les grandes flottes de 100 véhicules ou plus, 88 % ont déjà planifié leur transition vers 2035. Pour les parcs de 20 à 49 véhicules, cette proportion tombe à 52 %. L’écart est considérable.
| Taille ou situation | Indicateur |
|---|---|
| Flottes de 100 véhicules ou plus | 88 % ont planifié la transition vers 2035 |
| Flottes de 20 à 49 véhicules | 52 % ont planifié la transition vers 2035 |
| Ensemble des gestionnaires | 36 % accélèrent l’électrification pour optimiser le TCO |
| Grandes flottes | 53 % accélèrent l’électrification pour optimiser le TCO |
Les grandes structures disposent plus souvent d’équipes dédiées, de volumes de négociation importants et de sites capables d’accueillir des infrastructures de recharge. Elles peuvent également amortir plus facilement les coûts de déploiement.
Igor Dumas, directeur général de Leasys France, souligne que les écarts entre grandes et petites structures imposent d’adapter les offres et l’accompagnement. Les besoins ne sont pas uniformes, notamment face au financement et à l’organisation de la mobilité.
Cette différence de rythme explique pourquoi les objectifs nationaux ne peuvent pas reposer sur une solution unique. Pour certaines PME, le bon choix consiste d’abord à électrifier une partie ciblée du parc.
Ce que les entreprises doivent éviter avant de prolonger leurs véhicules
Le réflexe dominant reste la prudence. Face aux incertitudes financières, 47 % des entreprises choisissent d’allonger la durée de détention de leurs véhicules actuels. Près d’une société sur deux préfère donc temporiser avec ses modèles thermiques ou hybrides.
Cette décision peut protéger la trésorerie à court terme. Elle peut aussi retarder la préparation nécessaire face aux malus, à l’évolution fiscale et à l’échéance de 2035. Reporter sans analyser les usages risque de concentrer les remplacements sur une période trop courte.
Il faut aussi éviter de raisonner uniquement sur le prix d’achat. Un véhicule électrique plus coûteux au départ peut présenter un profil différent sur le TCO. À l’inverse, un modèle mal adapté aux trajets réels peut générer des coûts cachés et une insatisfaction durable.
L’étude OpinionWay a été menée du 20 avril au 27 mai 2026 auprès de 300 dirigeants et gestionnaires de flottes d’au moins 20 véhicules. L’échantillon, représentatif des entreprises françaises de 20 salariés ou plus, reposait sur la méthode des quotas.
La prochaine décision utile consiste à mesurer les trajets réels et les capacités de recharge, véhicule par véhicule. C’est cette photographie concrète qui permet de faire de l’électrique un outil de travail, plutôt qu’une contrainte supplémentaire.
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