Haute-Loire : cet ancien routier organise un rassemblement de véhicules anciens pour honorer les « mangeurs de bitumes »

Le grondement des moteurs d’époque, les carrosseries patinées et les souvenirs de route vont bientôt envahir le centre d’Yssingeaux. Derrière ce rendez-vous se dessine surtout un hommage à une profession qui affrontait les cols, le verglas et les longues nuits sans jamais s’arrêter.
Pour son anniversaire, un club de Haute-Loire prépare un week-end où les véhicules anciens raconteront bien plus que leur mécanique. Les histoires de chauffeurs, elles, ont parfois la saveur d’un repas partagé au bord de la RN88.
Quarante ans de passion pour les vieilles mécaniques du Pays des Sucs
Les automobiles anciennes conservent un fort pouvoir d’attraction, bien au-delà des seuls collectionneurs. Une calandre chromée, un volant fin ou le bruit sourd d’un six-cylindres suffisent à réveiller la nostalgie de plusieurs générations.
Cette passion sera au cœur du 40e anniversaire du Grazac Auto Rétro, célébré le dimanche 20 septembre 2026. Le rendez-vous se tiendra place de la Victoire, à Yssingeaux, dans le département de la Haute-Loire.
Le club rassemble des amateurs de véhicules de collection du Pays des Sucs et d’un territoire plus large. Ses membres ne viendront pas uniquement avec des voitures anciennes. Le programme prévoit aussi des poids lourds, des cars et d’autres véhicules de transport en commun.
Cette diversité compte beaucoup pour les organisateurs. Une berline de collection raconte les loisirs et les déplacements familiaux. Un camion Berliet, Bernard ou Unic rappelle quant à lui le travail des transporteurs routiers et les contraintes d’un métier alors très physique.

Ce que sont devenus les propriétaires du Fisker Ocean en France
La faillite de l'entreprise Fisker en été 2024 a plongé les propriétaires français du SUV électrique Fisker Ocean dans une situation d'incertitude inédite. Ce…
Lire l'articleÀ la tête du Grazac Auto Rétro depuis l’origine, son président incarne ce lien entre patrimoine automobile et mémoire du transport. Mais le rassemblement prendra tout son sens en revenant à l’homme qui l’a imaginé.
Serge Masson, l’ancien routier qui fait revivre les « mangeurs de bitume »
Serge Masson est l’un des fondateurs du Grazac Auto Rétro, aux côtés de Jean-Loup Celle et de plusieurs collectionneurs. Ancien transporteur yssingelais, il est aussi formateur à la conduite de poids lourds.
Après avoir accumulé des milliers de kilomètres au volant de cars et de camions, il préside l’association depuis quarante ans. Cette longévité lui donne le record de durée à la présidence d’une association du Pays des Sucs.
Sa connaissance ne se limite pas aux modèles exposés. Serge Masson s’intéresse à l’univers des « guimbardes », des grosses cylindrées et des bahuts, ces camions qui ont façonné les routes françaises de l’après-guerre aux années 1960.
Il avait d’ailleurs publié des textes dans la revue spécialisée Des camions et des hommes – la fabuleuse histoire du transport routier. Il y racontait les « mangeurs de bitume », ces conducteurs qui vivaient au rythme des chargements, des pannes et des étapes imposées par la route.
Ses récits se déroulent notamment autour de La Petite Auberge de la Guide, sur la RN88. Cette auberge routière accueillait des chauffeurs venus de tous horizons, dans une atmosphère de conversations animées et de couverts qui s’entrechoquent.
Marie y courait de table en table, tandis que Jean tenait le bar. Ancien routier lui aussi, ce dernier avait laissé son camion Bernard au rang des souvenirs. Cette humanité, autant que les véhicules, sera l’âme de la fête annoncée à Yssingeaux.
Le programme du week-end entre cortège de mariage et exposition à Yssingeaux
Le quarantième anniversaire ne se limitera pas à une exposition statique. Les sociétaires du Grazac Auto Rétro ont prévu deux temps forts pour faire circuler les véhicules et attirer les regards.
| Date | Lieu | Animation annoncée |
|---|---|---|
| Samedi 19 septembre 2026 | Grazac puis Yssingeaux | Cortège de mariage à l’ancienne sur le thème « mécanique et vieilles dentelles » |
| Dimanche 20 septembre 2026 | Place de la Victoire, Yssingeaux | Rassemblement pour les 40 ans du Grazac Auto Rétro |
- Rejoignez Grazac le samedi après-midi. Une petite cérémonie officielle y est prévue avant le départ d’un cortège de véhicules anciens.
- Suivez le défilé jusqu’à Yssingeaux. Le thème « mécanique et vieilles dentelles » donnera au convoi l’allure d’un mariage d’autrefois.
- Admirez la photo de famille. Le parvis de l’hôtel de ville d’Yssingeaux servira de décor aux participants et à leurs tacots.
- Retrouvez les véhicules le dimanche. Toute la journée, la place de la Victoire accueillera voitures anciennes, poids lourds, cars et véhicules de transport collectif.
Le cortège s’inspire avec humour des mises en scène populaires associées à Coluche et Thierry Le Luron. Avec ses véhicules d’époque et son esthétique de noce ancienne, il devrait difficilement passer inaperçu dans les rues.
Le dimanche 20 septembre correspond au dernier dimanche de l’été 2026. Cette date donne à l’événement une tonalité de fin de saison, idéale pour sortir les carrosseries de collection et entendre de nouveau les moteurs tourner. Reste à comprendre ce que ces engins racontent du travail des chauffeurs.
Des anecdotes de route entre Paris, Avignon et la RN88
Les souvenirs transmis par Serge Masson montrent une époque où la route réservait son lot de situations cocasses. L’une d’elles concerne un conducteur salarié chargé d’effectuer une livraison à la Porte d’Italie, à Paris.
Arrivé dans la capitale, l’homme téléphone à son patron pour se plaindre. Il explique ne pas avoir trouvé la fameuse porte. L’anecdote rappelle avec humour les difficultés d’orientation d’un temps sans navigation embarquée.
Une autre histoire suit Tiennou l’Yssingelais. Parti avec un Berliet pour charger des pommes de terre à Barbantane, il disparaît pendant deux jours, au point d’inquiéter son employeur comme son client.
Son détour avait pourtant une explication très personnelle. En passant par Avignon, le chauffeur s’était arrêté pour assister au gala de sa chanteuse préférée, Mireille Mathieu. Les impératifs du transport avaient, cette fois, cédé la place à un tour de chant.
Ces récits donnent un visage aux véhicules attendus à Yssingeaux. Derrière chaque cabine se trouvent des habitudes, des collègues salués sur la route et une relation très forte entre un conducteur et sa machine. Mais l’hiver sur les routes du Velay ne laissait guère de place à l’improvisation.
Le Pertuis, la burle et les épreuves des routiers d’autrefois
La RN88 était une artère essentielle entre la Loire et le Velay. Elle pouvait devenir redoutable lorsque la neige, le gel et la burle recouvraient les routes autour d’Yssingeaux.
Dans une scène située à l’été 1965, Serge Masson décrit l’arrivée d’un Unic Izoard rouge et crème. Son six-cylindres se reconnaît au bruit depuis le bas d’une petite rampe. Pierre vient alors de charger un « complet » de rondins de bois à la scierie.
L’hiver, les museaux et les calandres des camions recevaient des protections. Environ vingt centimètres de neige fraîche pouvaient étouffer le bruit des moteurs, sans interrompre pour autant l’activité des chauffeurs.
- La descente de Pozedonne pouvait se faire en seconde, sur une chaussée comparable à une patinoire.
- À Bessamorel, un camion immobilisé pouvait rapidement bloquer plusieurs véhicules derrière lui.
- Le Pertuis constituait le passage le plus redouté de la RN88 entre Loire et Velay.
- Crevaisons, pannes, accidents, neige et verglas faisaient partie du quotidien des conducteurs.
La règle restait simple, même si elle était exigeante : il fallait passer et s’en sortir sans heurt. Les routiers écoutaient leur camion « respirer » et formaient avec lui un équipage dépendant, attentif au moindre bruit mécanique.
Jean Delabre, conducteur des Transports Moulin d’Yssingeaux, en a fait l’expérience en septembre 1956. Alors qu’une fête foraine animait la place de la Victoire, il réparait une roue de son pinardier Bernard sur le boulevard Saint-Pierre. Ces détails donnent une profondeur particulière aux véhicules qui seront exposés.
Ce qu’il faut regarder au-delà des carrosseries
Une erreur serait de considérer ces véhicules comme de simples objets décoratifs. Un camion ancien n’est pas seulement une silhouette massive ou une marque prestigieuse comme Berliet, Bernard ou Unic. Il porte aussi la mémoire d’un métier soumis aux délais, à la météo et à des routes difficiles.
Il ne faut pas non plus imaginer une circulation facile dans les années 1950 et 1960. Les chauffeurs ne disposaient ni des outils de guidage actuels ni du confort moderne. Le mauvais temps autour d’Yssingeaux, de Bessamorel ou du Pertuis pouvait transformer un trajet ordinaire en véritable épreuve.
En observant les cabines, les calandres et les moteurs le 20 septembre, prenez donc le temps d’imaginer ceux qui les conduisaient. Les véhicules exposés feront entendre une mémoire de la route que les anciens « mangeurs de bitume » ont contribué à bâtir.
Besoin de votre carte grise ?
Faites votre démarche en ligne en quelques minutes avec Facil'Immat.
Commencer ma démarche


